Quand la liste d’attente en orthophonie s’étire sur des mois, une question revient : « Puis-je aider mon enfant à parler, en attendant ? » La réponse est oui. La pré-orthophonie, ce n’est pas jouer à l’orthophoniste : c’est adopter, au quotidien, quelques gestes simples qui nourrissent le langage. En voici trois, faciles à glisser dans une journée ordinaire — sans matériel, sans pression.
Pourquoi les premières années comptent
Le langage se construit tôt, dans les échanges de tous les jours : un regard, un mot répété, une chanson au bain. Le cerveau du jeune enfant est particulièrement réceptif, et chaque interaction compte. Bonne nouvelle : vous n’avez pas besoin d’être spécialiste. Les orthophonistes le répètent — ce sont les parents, présents chaque jour, qui ont le plus d’occasions de stimuler le langage. Ces gestes ne remplacent pas un suivi, mais ils font une vraie différence en attendant, et en complément.
Geste 1 : commenter
Décrivez à voix haute ce que votre enfant vit, voit ou fait, comme un commentateur bienveillant : « Tu prends le camion rouge. Il roule vite ! » Vous lui offrez ainsi les mots qui collent à son expérience du moment, ceux qui s’ancrent le mieux. Nommez les objets, les actions, les émotions. Pas besoin de longues phrases : des mots simples, souvent répétés, valent mieux qu’un long discours. Le secret, c’est la régularité — au bain, à l’épicerie, en marchant.
Geste 2 : attendre
C’est le geste le plus difficile… et le plus puissant. Après avoir parlé ou posé une question, taisez-vous et comptez jusqu’à cinq ou dix dans votre tête. Ce silence donne à l’enfant le temps de traiter l’information, de chercher ses mots et de répondre — un temps dont il a souvent besoin, bien plus que nous ne le pensons. Regardez-le, souriez, restez disponible. Beaucoup d’enfants finissent par produire un son, un mot ou un geste dès qu’on cesse de combler le vide à leur place.
Geste 3 : imiter et enrichir
Reprenez ce que l’enfant dit, puis ajoutez-en un peu. S’il dit « auto », répondez « oui, une grosse auto ! ». S’il fait un son, imitez-le, puis proposez le mot. Cette technique — imiter puis enrichir d’un mot — lui montre qu’il est compris et lui donne la prochaine marche à gravir, sans le corriger. On ne dit jamais « non, c’est pas ça » : on reformule en donnant le bon modèle, naturellement, comme une évidence.
Se mettre à sa hauteur
Les mots passent mieux quand les regards se croisent. Descendez au sol, au niveau de son jeu; placez l’objet intéressant près de votre visage pour qu’il vous regarde en même temps qu’il l’observe. Coupez les bruits de fond — télé, musique — qui noient votre voix. Un enfant qui vous voit articuler apprend aussi avec ses yeux, pas seulement avec ses oreilles.
Chanter, jouer, exagérer
Le langage s’apprend dans le plaisir, pas dans l’exercice. Chantez des comptines en répétant les mêmes mots; faites des bruits d’animaux, de camions, de bulles; exagérez vos expressions et vos intonations. Ces jeux capturent l’attention et donnent envie d’imiter — la première étape vers la parole. Un enfant qui rit avec vous est un enfant qui apprend. N’ayez pas peur d’en faire « trop » : pour les tout-petits, l’exagération est un véritable cadeau.
Les routines et les livres, vos alliés
Les moments qui reviennent chaque jour — repas, bain, dodo — sont parfaits : l’enfant anticipe, ce qui libère de l’attention pour le langage. Les livres cartonnés, eux, valent de l’or : inutile de lire mot à mot, nommez les images, laissez l’enfant tourner les pages, posez des questions et… attendez. Les comptines avec gestes combinent son, rythme et mouvement, un trio gagnant. Notre fiche Orthophonie maison propose d’autres idées concrètes à essayer.
Quand consulter
Ces gestes soutiennent le langage, mais ne remplacent pas une évaluation si vous avez des inquiétudes. Parlez-en à votre médecin ou au CLSC si votre enfant ne réagit pas à son prénom, ne pointe pas vers 12-18 mois, perd des mots déjà acquis, ou si vous sentez que quelque chose cloche — votre intuition compte. En attendant le suivi, gardez le cap sur ces trois gestes, et voyez notre article quoi faire pendant la liste d’attente. Quel geste allez-vous essayer en premier ? Dites-le en commentaire.
En résumé
- La pré-orthophonie, c’est stimuler le langage au quotidien — pas jouer à l’orthophoniste.
- Commenter : décrire à voix haute ce que l’enfant vit, avec des mots simples.
- Attendre : faire une pause de 5 à 10 secondes pour lui laisser le temps de répondre.
- Imiter et enrichir : reprendre ce qu’il dit en ajoutant un mot, sans corriger.
- Se mettre à sa hauteur, chanter, jouer, et profiter des routines et des livres.
- Consulter en cas de doute; ces gestes complètent le suivi, sans le remplacer.
Sources et révision
Révision éditoriale : août 2026. Ce contenu est informatif et ne remplace pas une évaluation professionnelle, une décision administrative ou un conseil fiscal personnalisé.

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